09/07/2015

TISA : les PME seront abandonnées comme les services publics.

Hier soir, 8 juillet, a eu lieu une manifestation à la place des Nations et devant l’OMC, pour dénoncer les négociations en cours autour de l’accord sur la libéralisation des services, connu sous l’acronyme TISA (pour Trade in services agreement) ainsi que pour s’opposer à l’impunité des multinationales.

Seulement une partie de ceux qui risquent de subir les conséquences d’un tel accord était là, je dirais surtout les représentants de la gauche et des syndicats.  Mais où étaient ceux qui souhaitent maintenir les emplois dans la région (hormis les syndicats et les partis traditionnels de gauche) ? Où étaient ceux qui disent défendre les petites entreprises ?

Je m’interroge sur l’absence de débat dans les autres tendances politiques. Car il s’agit de discuter de l’avenir de notre société, englobant tant les notions de liberté, de démocratie, de responsabilité sociétale que de finances et de solidarité.

Nous savons bien que les collectivités publiques doivent déjà ouvrir la porte à la concurrence du marché lors d’appels d’offre, mais pour des grands montants (exigence de l’OMC).

Actuellement les communes peuvent, dans une certaine mesure, avantager le commerce local des services, par des petits contrats, par exemple :  l’imprimeur du coin, le restaurateur-traiteur,  la réparatrice de pc, l’électricienne dépanneuse, l’installateur de petite patinoire, le porteur à vélo, ou des entreprises socialement responsables, de réinsertion pour des petits travaux, ou le chargé d’une étude spécifique, la société de maçonnerie, de menuiserie, etc.

Si cet accord TiSA était signé, il ne serait plus possible d’avoir la moindre influence sur les emplois de la commune, de la région ou du pays…

Il en va de même pour les contrats de prestation des entités semi-étatiques comme les sociétés d’électricité (SIG, etc.) qui doivent respecter des normes écologiques et encourager les énergies renouvelables. Ces services ne pourront pas faire face à des sociétés fournissant de l’énergie meilleure marché et issue de méthodes ultra polluantes, telles que l’extraction des gaz de schistes, de fournisseurs qui n’ont pas de scrupules à utiliser des pétroliers vidant régulièrement leurs cuves et provoquant des marées noires. Sans parler des ceux qui se basent uniquement sur la source nucléaire…

Enfin, et ce n’est pas des moindres, les services au public comme ceux de la santé, de l’instruction, de la sécurité seront en danger de concurrences directes avec le privé . Imaginez si la sécurité de l’Etat et les prisons était gérée par des privés basés en Chine ou au Canada. Imaginez si votre assurance vous obligeait à vous faire soigner dans un hôpital à l’étranger. Ou si vos impôts devaient servir à subventionner à part égale les écoles publiques et privées. Etsi  les fonds financiers des assurances sociales gérés par une société anonyme lointaine…

Imaginez si nous nous réveillons trop tard, et que, après signature de notre gouvernement, nous souhaitions changer quelque chose. L’accord TiSA étant hyper restrictif, ce serait impossible. La liste des « exceptions » pour les échanges de services sera close. Passez votre chemin, il n’y aura plus rien à voir !

Ni un référendum ni une initiative, ni les parlementaires ne pourront changer un article, sans risquer une amende pour "décision lésant les autres pays". Une amende d’un tribunal arbitral et ayant son siège aux Etats-Unis ou en Australie, et qui viderait les caisses de la Confédération…

12:34 Publié dans Economie, Suisse | Tags : tisa, tafta, suisse, genève, sig, écologie, économie, accord intenation, confédération, pme | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | |

09/09/2013

Paysannerie suisse et internationale : même combat !

2013-09-04 18.04.10.jpgBerne, mercredi 4 septembre. Fin d’une journée de travail. Je décide de ne pas prendre mon train de retour, et d’aller voir des manifestants pacifiques stationnés en face de la gare. Au premier abord, une manifestation comme il y en a tant, parce que la planète grouille d’injustices et nous fait sentir si petits...

Je pourrais donc choisir d’être résignée : une grève de l’autre côté du monde, cela arrive si souvent, des paysans mal payés très loin de chez nous, cela arrive tout le temps... Alors pourquoi m’intéresser à cette grève en particulier ?

L’événement suivant a été très peu relayé dans nos médias : le 19 août dernier les paysans de huit régions de Colombie ont déclenché une grève, malgré la répression policière, les menaces du gouvernement, les pressions des grandes firmes.  Forces officielles et non officielles, toutes amènent la mort aux journalistes, aux syndicalistes et aux personnes engagées. Depuis le 19 août, le nombre de grévistes (et de morts) a augmenté.

En effet, les paysans colombiens ne comprennent pas pourquoi dans leur pays, où se trouvent les terres, la force humaine et une grande production agricole, le café bu par leurs compatriotes est importé, les patates achetées aux Etats-Unis. Ils ne voient pas pourquoi la Colombie importe aussi les oignons, le maïs, le riz, menaçant ainsi la production nationale ni pourquoi le lait subventionné européen inondera bientôt leur marché… Les espèces de pomme de terre, adaptées au pays depuis des siècles, ne sont pas conformes au marché libre et risquent de disparaître sous le poids des importations de patates calibrées et largement subventionnées par les pays étrangers.

Pourquoi nous intéresser tellement à eux alors que nous avons déjà tant de choses à régler en Suisse ?

Ne voyez-vous pas le lien entre notre petit pays, nos paysans et ceux d’outre-Atlantique ? Les paysans suisses ou colombiens ont en commun le goût de l’effort, de la production locale, de la préservation des espèces végétales régionales. Les uns et les autres subissent l’influence néfaste du commerce entièrement « ouvert » grâce aux accords de libre-échange mal façonnés (qui répondent à certains intérêts commerciaux mais pas aux leurs) : en Suisse nous avons assez de lait mais il est quand même acheté partout ailleurs en Europe (même pas dans les régions limitrophes). La concurrence permet ainsi de justifier les prix misérables payés aux producteurs suisses (de lait par exemple). Le maïs et le blé sont toujours plus importés alors que nos terres agricoles, qui les produisent, sont minées par les constructions.. Nos propres fabriques d’aliments transformés préfèrent l’huile de palme à notre huile de colza et à notre beurre dont nous ne savons plus que faire (le beurre surtout).

Voyez-vous où je veux en venir ?  Etre solidaire avec les paysans d’un pays si éloigné c’est être aussi solidaire avec nous-mêmes.