19/01/2016

Football: Une femme présidente de la FIFA ?

isha2.jpgActuellement il reste six des huit candidats (présentés en octobre 2015), pour accéder à la présidence de la FIFA. Que des hommes, et le favori serait le cheikh bahreini Salman. Mais une nouvelle donne vient s’ajouter à cette élection.

Après les rumeurs, arrestations et procès de corruption, le monde du football ne devrait-il pas faire table rase et viser une candidate apolitique, qui n’est issue ni des pays « classiques » occidentaux, ni des pays pourvoyeurs de l’Orient, démontrant un conflit d’intérêt? Une personne libre de prendre des décisions objectives et utiles à l’ensemble des pays membres, qui a du cran et de la ténacité ?

Je pense en particulier à Isha Johansen de Sierra Leone et Lydia Nsekera du Burundi, les seules femmes au monde à avoir exercé la fonction de présidente de la fédération de football dans leur pays respectif et qui sortiraient la FIFA de l'impasse. 

Lydia Nsekera 48 ans, est la première femme à faire partie du comité exécutif de la FIFA, pour laquelle elle a été réélue en 2013. Elle est aussi membre du CIO.

Isha Johansen, attire plus particulièrement mon attention pour ses intentions, sa sensibilité et sa résistance aux pressions. Elle a 51 ans, a grandi en alternant Freetown et l’Angleterre. Son père est très musulman, sa mère très catholique, elle a donc été élevée dans une grande tolérance religieuse. Joueuse de football avec ses frères. Etude de business à Londres, fondatrice d’un magazine « Rapture » en Sierra Leone. En 1996, voyant les enfants « de la guerre » jouer pieds nus dont certains sont orphelins, elle décide de leur proposer un marché : elle les équipe et les nourris, en échange ils vont à l’école.

En 2004, elle fonde le FC Johansen, un club qui remporte des succès et la décide à postuler au poste de présidente de la fédération nationale. Succès malgré les insultes et attaques qu’elle subira parce qu’elle est simplement femme. Elle se battra contre la corruption et pour cette raison se fera un ennemi du ministre des sports. Elle lance Power Play pour promouvoir le football féminin. Puis arrive l’épidémie d’Ebola qui freine sa démarche. Elle met en garde les organisateurs de match, car la sueur et la foule accélèrent la contamination. Le gouvernement ne l’écoute pas.

Bref, Isha Johansen est résistante, consciente que le football peut aussi être un facteur d’amélioration sociale, elle est expérimentée, combative, sensible aux questions de santé, elle ne se laisse pas impressionner par les autorités et elle est ouverte au football féminin, qui connait un essor considérable de ses pratiquantes. Elle serait parfaite dans le rôle de présidente d’une fédération qui a besoin de redorer son blason et d’appliquer son code éthique, qui s’applique « au comportement portant atteinte à l’intégrité et l’image du football et de ses instances », notamment « les attitude contraires à la loi, la morale et l’éthique ».

La FIFA serait bien inspirée de placer en première ligne ces femmes dans ses engagements internationaux.

17:13 | Tags : isha johansen, football féminin, sport, femmes, fifa | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | |

09/09/2013

Quand Genève intègre, la Russie exclut.

LGBT Russie 5.jpgLoi russe contre la propagande homosexuelle

Intervention du 8 septembre 2013, place des Nations.

 

Je suis très émue de pouvoir venir aujourd’hui exprimer mon soutien, mais aussi celui de nombreux autres Député-e-s, contre la loi homophobe récemment promulguée en Russie.

 

La « loi contre la propagande homosexuelle » interdit les manifestations pour les droits des homosexuels. Selon ce gouvernement russe, aujourd’hui nous aurions donc tort d’être là…

 

Elle interdit les campagnes de sensibilisation envers l’homophobie. Or, là aussi, selon ce gouvernement russe, Genève serait clouée au pilori

 

En effet, le 29 août dernier, le Grand Conseil a soutenu à l’unanimité une motion (M 2092)qui exige d’institutionnaliser la lutte contre l’homophobie.  J’ai écrit cette motion avec la collaboration de Député-e-s, dont certains sont aujourd’hui présents,  MM. Miguel Limpo et Yves de Matteis.

Avec le temps et le travail de sensibilisation dans le monde politique, cette motion a finalement été signée par les représentants de tous les partis, même des plus conservateurs.

Cette motion propose des mesures cantonales et cible la population dans son ensemble, tout âge confondu, au sein des écoles, des clubs sportifs, des Services de l’Etat, des organes judiciaires et de la Police.

Elle vise à promouvoir au sein de ces institutions une charte éthique, afin d’aborder systématiquement la question du respect de la diversité sexuelle et de genre. Les contrats de prestations qui lient les clubs à l’Etat pourraient exiger une attention particulière au thème de la diversité sexuelle et de genre, au même titre que le respect et le fairplay. La future loi sur le sport devrait aller dans ce sens.

La motion demande au Gouvernement genevois de former tous les enseignants, de leur donner les moyens de répondre aux questions que se posent les écoliers de tout âge et de savoir réagir face à une situation d’agression verbale et/ou physique.

Eviter l’insulte et l’exclusion permet la construction de l’auto-estime : un socle psychologique indispensable pour avancer dans la vie, écouter, apprendre, avoir le courage d’entreprendre des défis, devenir autonome et adulte.

La motion demande aussi de faire un rapport régulier sur les actions entreprises dans l’Administration et les institutions et d’inclure les résultats des statistiques sur les violences d’origine homophobe ou transphobe.

Au niveau de la Police, des statistiques devraient enfin être établies de manière plus systématique sur les violences d’origine homophobe et transphobe, en incluant lors de plaintes pour agression, le critère « homophobe, transphobe », comme cela existe pour les agressions d’origine raciste.

Il a fallu du temps pour faire prendre conscience aux Député-e-s que, parler de l’homophobie et faire un travail de sensibilisation, y compris dans les écoles, n’est pas du prosélytisme, puisqu’il est impossible de transformer les personnes en gays, lesbiennes, bi etc.  Cela fait partie des fantasmes ou des peurs de certains.

Il a fallu du temps pour qu’ils comprennent que de protéger les droits d’une population, malheureusement encore discriminée, permet de préserver chez cette dernière, l’estime de soi. Protéger les droits des LGBT aide à maintenir la cohésion sociale et enfin permet à chacun de donner le meilleur de soi-même. La société en bénéficie automatiquement.

N’oublions pas que les personnes qui endurent les discriminations ont plus de probabilité de subir une dépression, un échec scolaire, ou de tenter le suicide. C’est donc la société toute entière qui en subit les conséquences, tant d’un point de vue humain, qu’économique.

Mais alors comment se fait-il que M. Poutine et la Douma, le Parlement russe, puissent être aussi aveugles, aussi terrorisés, non pas par les personnes LGBT, mais par leurs fantômes, leurs propres peurs ? Le rôle du politique n’est-il pas de prendre de la distance avec les craintes irrationnelles, de garder le cap, de maintenir un équilibre social, en protégeant toute sa population contre la violence physique ou psychique ?

A quelques mois des jeux olympiques de Sotchi, en Russie, il y a de quoi être choqués par les propos du ministre russe des sports, M. Vitaly Mutko qui, pour parler des personnes non hétérosexuelles, parle des personnes « avec une orientation sexuelle non traditionnelle ».  Je me pose la triste question si M. Mutko ne souhaite pas, dans un proche avenir, pouvoir contrôler aussi les habitudes de ses concitoyen-ne-s hétérosexuel-le-s au point d’exiger, de leur part, la position traditionnelle du missionnaire…

En tant qu’ancienne sportive d’élite, je suis sensible aux valeurs inculquées par le sport, mais aussi aux préjugés véhiculés dans ce domaine et qui pourraient être renforcés par ce type de loi.

En effet, ces dernières années, des sportifs,  gays ou lesbiennes, ont souvent fait leur « outing », ou se sont présentés simplement comme tels, avec leur compagne ou compagnon. Qu’en sera-t-il à l’avenir ?

Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur cette recrudescence de déclarations et mesures homophobes,  sous prétexte du bon déroulement des jeux olympiques, car c’est la vie de milliers de personnes qui est en jeu, justement !

Exigeons du Comité olympique de maintenir sa fermeté vis-à-vis du gouvernement russe. Exigeons des Autorités suisses et des Nations unies d’agir précisément contre cette loi homophobe et dangereuse.

Nous le constatons, à Genève nous choisissons la voie de l’inclusion des diversités, en soutenant la motion M2092 à l’unanimité, alors qu’en Russie, on choisit la voie de l’exclusion.

Hors des clivages idéologiques,pour qu’une société progresse, pour qu’elle intègre la diversité et qu’elle mise sur la cohésion sociale,  j’ose le dire, l’amour est la priorité absolue, car chacun y a droit et mérite de l’exprimer !

Jacqueline Roiz

Députée

Grand Conseil, Genève